Un mois. C’est le temps qu’il a fallu à la nouvelle équipe municipale de Bangui pour se heurter de plein fouet à une réalité que ses prédécesseurs connaissaient bien et n’avaient jamais résolue : gouverner une capitale sans les moyens de le faire. Les bonnes intentions ne ramassent pas les ordures, et les discours d’installation ne curent pas les caniveaux. Bangui le sait, et ses habitants le vivent chaque jour dans leur chair.
Dans plusieurs quartiers et sur les marchés de la capitale, le tableau est navrant. Les tas d’ordures s’accumulent au soleil, dégageant des odeurs qui rendent la vie des riverains insupportable. Les caniveaux, obstrués par des années de négligence et de déchets accumulés, ne remplissent plus leur fonction de drainage, transformant chaque pluie en menace d’inondation et chaque journée ensoleillée en foyer potentiel de maladies. La salubrité de Bangui, théoriquement au cœur des attributions de la mairie, ressemble davantage à un vœu pieux qu’à une réalité administrée.
Les responsables municipaux ne se cachent pas derrière des excuses : ils manquent de moyens matériels, point. Pas assez de camions pour collecter les déchets, pas assez d’équipements pour entretenir les infrastructures d’assainissement, pas assez de ressources pour honorer des missions dont tout le monde connaît pourtant l’urgence. Une institution qui hérite d’une ville sans hériter des outils pour la gérer, c’est une institution condamnée à gérer l’impuissance plutôt que la ville.
Face à ce vide institutionnel, ce sont les jeunes qui ont pris les choses en main. Au marché Yassimandji, dans le 5ème arrondissement, des groupes s’organisent spontanément pour curer les caniveaux et collecter les déchets, suppléant une mairie défaillante avec leurs bras et leur bonne volonté. Un élan citoyen admirable, mais qui se heurte lui aussi au même mur : les ordures rassemblées restent sur place pendant plusieurs jours, parfois plus, faute de véhicules pour les évacuer. Le travail est fait à moitié, et la moitié qui manque est précisément celle que seule l’institution peut assurer.
Cette situation interpelle au-delà de la simple question de l’assainissement. Elle pose la question fondamentale des ressources allouées aux collectivités locales dans un pays où l’État central concentre l’essentiel des moyens et où les mairies, première ligne du service public pour les citoyens, se retrouvent souvent à gérer la misère avec des budgets de misère.

